Des Enfants Adolescents Parents , une histoire singulière pour chaque famille

La parole de l’enfant

Préserver l'interêt de l'enfant en favorisant sa parole.

Au fil des décennies, la notion de famille a évolué et cette évolution concerne de fait le regard porté sur l’enfant. Regardé hier comme une bouche de plus à nourrir, il est  aujourd’hui considéré comme un sujet à part entière qui a des droits ainsi que des devoirs.

Ainsi, une place plus importante est donnée à la parole de l’enfant et de l’adolescent. La société tend, en principe,  à écouter davantage ce que l’enfant, l’adolescent, ont à dire.

Du côté du droit, l’article 12 de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) consacre le droit pour tout enfant d’exprimer librement son opinion sur toute question le concernant.

Ce changement de statut entraîne une écoute de l’enfant plus significative mais est il mieux entendu ?

Comment écoute-t-on un enfant ? Que lui dit-on?

Françoise Dolto, entre autres, a affirmé la nécessité de parler à l’enfant quel que soit son âge et quelles que soient les circonstances ( le divorce, la mort, l’adoption…). Elle a expliqué que c’est souvent dans et par le corps que l’enfant exprime ce qu’il ne peut pas signifier autrement. Elle a expliqué comment et pourquoi il est préférable de parler aux bébés et aux enfants. Françoise Dolto précise qu’il ne s’agit pas de leur parler pour leur parler mais de leur parler vrai, c’est à dire de ce qui les concerne directement. Parler à un enfant ne signifie pas tout lui dire mais plutôt  lui dire ce qui va se passer pour lui. Et dans les situations de séparation, l’enfant est confronté à des modifications, parfois significatives, de son quotidien, de ses habitudes. Lui expliquer ce qui va se passer pour lui, ce qui va changer ou au contraire perdurer, rassure un enfant, le contient sur un plan psychique.

Mais parler à un enfant reste un exercice difficile. En effet, comment lui parler sans substituer ses propres demandes aux siennes. Comment lui parler sans être  pris dans ses propres problématiques. Comment ne pas projeter sur lui les rancœurs, les inquiétudes, les ressentiments ? Comment l’adulte parle à l’enfant sans l’entraîner dans ses souffrances d’adulte ?

La séparation est un évènement douloureux dans bien des situations mais n’est-ce pas davantage les conflits qui s’y rapportent qui accentuent les difficultés de l’enfant ?  Les conflits répétées et les modifications du quotidien qui ne s’accompagnent pas de mots participent largement à la détresse de l’enfant.

Parler vrai à un enfant c’est lui dire la séparation mais c’est surtout lui dire ce que cela va engendrer ou non pour lui. C’est aussi le rassurer sur la permanence de l’amour parental. A ce sujet, ce que l’enfant veut entendre, c’est que ses parents l’aiment suffisamment pour continuer à s’occuper de lui.   Parler à un enfant, l’écouter,  c’est faire ce pas de côté, se mettre à sa hauteur pour l’écouter,  sans préjuger de ce qu’il ressent ou de ce qu’il ne ressent pas.

Reconnaître la souffrance de l’enfant et lui permettre de l’exprimer.

L’enfant perçoit les difficultés rencontrées par ses parents et il subit aussi les évènements qu’il ne comprend pas en particulier lorsqu’il est petit. Le jeune enfant manque de nuances. Il voit la souffrance de l’un et de l’autre, se trouve confronté aux conflits et voudrait que cela s’arrête. Il est ainsi  prêt à tout pour que les disputes, les cris s’apaisent.

Il va mettre en place des stratégies de défense, malgré lui : il peut  s’identifier au parent qu’il perçoit comme délaissé et s’en prendre au parent qu’il croit le plus solide.

Il peut aussi vouloir blesser le parent qu’il juge responsable de la rupture en se montrant agressif ou rejetant.

Il peut se sentir, notamment  dans les situations de séparations conflictuelles,  sommé de choisir l’un ou l’autre de ses parents. Il cherche à protéger, préserver, le parent qu’il croit, à tort ou à raison, être le plus vulnérable. Il s’inscrit alors dans un conflit de loyauté qui peut se traduire de différentes manières : choisir, prendre parti, donner son avis, ou au contraire ne surtout rien dire.

La séparation peut confronter l’enfant à une réalité vertigineuse : faire le deuil de la famille qu’il a idéalisée. Nombre d’enfants confient qu’ils étaient persuadés que leurs parents étaient merveilleux et la séparation vient remettre en cause cette certitude. C’est aussi sa propre image qui vacille. Si ses parents ne sont plus merveilleux alors qu’en est-il de lui?   L’enfant, surtout lorsqu’il est jeune, n’a pas la capacité de nuancer ce qu’il voit et ce qu’il voit c’est que son père et sa mère peuvent ne plus s’aimer et par voie de fait il peut imaginer qu’il en est de même pour lui. Pour que l’enfant puisse être rassuré, il faudrait qu’il s’autorise à demander à être réassuré. S’autoriser à être réassuré, c’est savoir que ses propos pourront être entendus sans provoquer de cataclysme pour ses parents. Si un enfant sent que la parole de l’adulte n’est pas authentique ou dangereuse, il ne s’autorisera pas à parler selon sa parole propre.

Les parents, confrontés à la rupture sont parfois indisponibles pour l’écouter, le protéger, accueillir sa parole propre et lui donner de nouveaux repères. Ils peuvent aussi vouloir surprotéger leur enfant, parfois même trop l’écouter, devançant toutes ses demandes dans l’attente d’atténuer l’épreuve de la séparation. L’enfant reste le seul lien qui relie les ex-conjoints et de ce fait les parents peuvent lui faire jouer un rôle, le mettre à une place qui n’est pas la sienne. Il arrive parfois que certains parents fassent passer les messages destinés à l’autre parent en utilisant l’enfant.

Quand les conflits des parents prennent toute la place, l’enfant ne s’autorise plus à parler : il ne veut pas « en rajouter » alors il se tait et s’adapte à ce qu’il croit que ses parents attendent de lui. Il s’oublie pour ne pas être source de disputes supplémentaires et peut aller jusqu’à nier ses propres désirs, pensées. Parfois, l’enfant, l’adolescent peut aussi se sentir soulagé par la rupture de ses parents. C’est le cas notamment des situations où les conflits conjugaux se multipliaient, ou des situations de violences conjugales et pour lesquelles la séparation apportent enfin l’apaisement au quotidien. Mais ce soulagement peut également entraîner une culpabilité chez l’enfant ; encore une fois particulièrement lorsqu’il est plus jeune. Il s’en veut de penser qu’il est content, soulagé par la séparation de ses parents. Il suffirait que l’adulte lui dise à quel point ressentir du soulagement dans ce type de situation est légitime, compréhensible.

Recueillir la parole de l’enfant pour donner du sens aux émotions.

Chaque fois que la parole est possible, elle soulage. L’enfant qui se sent reconnu dans sa souffrance, dans sa révolte, peut ainsi accorder une légitimité à ce qu’il ressent. Il peut aussi s’autoriser à penser différemment des adultes.  Par exemple, sa mère est en colère contre son père mais il n’est pas obligé, par loyauté, de s’opposer à celui-ci s’il ne le souhaite pas. Il peut raconter à l’un ce qu’il a fait chez l’autre sans craindre de voir les adultes s’effondrer.  Favoriser sa parole c’est lui permettre d’exprimer ses craintes, ses peurs, ses inquiétudes mais aussi ses joies lorsqu’il part en week-end chez l’autre parent.

Accompagner l’enfant en s’appuyant sur les ressources parentales :

Lorsque les parents ont décidé de se séparer ou sont séparés depuis plus ou moins longtemps, ils restent de fait tous les deux  parents de l’enfant qu’ils ont eu en commun et restent responsables de lui. Mais cette tâche peut être rendue complexe si la séparation génère une souffrance telle que les parents ne peuvent pas s’en dégager et ne trouvent pas les ressources nécessaires pour soutenir leur enfant dans cette traversée difficile pour lui. Ecouter l’enfant passe aussi par l’écoute des parents. La séparation a fait bouger les lignes, bousculer les certitudes et exploser les repères. Mais le lien qui unit l’enfant à chacun de ses parents perdure… Ecouter l’enfant ne peut pas faire l’économie d’une écoute de ses parents et parfois même de la famille plus élargie.  Entendre ce que chacun a à dire de la séparation, adultes et enfants, permet de redonner un sens aux évènements. Permettre à chacun d’exprimer sa propre vérité, qui, parfois, n’est pas la réalité…, redonne une place à chaque protagoniste.

A partir des difficultés que les parents  confient, et avec ce que l’enfant exprime de son côté, un apaisement est possible. Et si cela n’est pas possible, il convient de nommer les difficultés. Traverser des épreuves, des conflits fait partie inhérente de la vie. Ce n’est pas tant l’épreuve qui compte que ce que chacun pourra en faire. Et s’il faut du temps à l’enfant pour accepter la séparation de ses parents, il en faut encore plus, bien souvent, aux adultes.

« On sait que ce n’est pas tant la séparation des parents que leur conflit qui va écarteler, diviser l’enfant de l’intérieur et parfois menacer son équilibre psychique. Les conflits autour de l’enfant sont la plupart du temps des conflits de couple non réglés, les nœuds non réglés, les nœuds non défaits d’une relation souffrante d’ex-conjoints, qu’ils n’arrivent pas à dépasser. L’un d’entre eux (ou les deux) n’a pas fait le deuil de la relation et poursuit par l’intermédiaire de l’enfant qui seul les relie encore un règlement de comptes qui n’a pas été fait lors de la séparation.

Il est vrai que la rupture d’un couple, avec son cortège de blessures, de rancœurs, de ressentiments, constitue parfois pour les ex-conjoints un écoulement de leurs repères, voir de leur identité. Submergés par leur souffrance, les parents deviennent aveugles à la souffrance de leur propre enfant et en arrivent à méconnaitre ses besoins fondamentaux. » Maître Prisca VITALI. 

Entendre la parole de l’enfant pour aider les parents à aider leurs enfants :

Proposer un espace de parole à l’enfant ne peut être efficient que si ses parents peuvent eux aussi être écoutés. S’ils en éprouvent le besoin, s’ils en ressentent l’envie. Si parler pour un enfant reste difficile, dangereux parfois, cela l’est aussi pour les adultes. La culpabilité de la vie de famille qui explose, les rancoeurs qui peinent à s’effacer, l’inquiétude quand l’enfant est chez l’autre parent, parfois plus fragile, autant de sentiments difficiles à vivre pour les adultes lors d’une séparation.

Et se séparer de son conjoint  peut générer une  vulnérabilité qui empêche parfois de voir  plus clairement ce qui est juste pour son propre enfant. L’intervention d’un tiers, permet d’offrir un espace où la vérité de chacun pourra être accueillie. Entendre la parole de l’adulte, du parent, lui permet aussi d’être légitimé dans ce qu’il ressent pour ainsi l’amener à se concentrer sur les émotions de son enfant. Et ce qui est favorable à son équilibre.

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