Des Enfants Adolescents Parents , une histoire singulière pour chaque famille

La relation éducative

C’est grâce à la relation établie entre l’éducateur et l’enfant, l’adulte accueilli, accompagné, que « quelque chose » va pouvoir advenir.

Philippe GABERAN dans son livre LA RELATION EDUCATIVE rappelle : « Il y a en toute créature une force intérieure lui permettant de revendiquer le fait d’être elle-même et pas seulement ce qu’un autre a voulu qu’elle soit »

Et l’éducateur est justement un professionnel qui veut pour l’autre. L’éducateur propose des outils adaptés à la personne accompagnée afin de mettre à la disposition de celle-ci les moyens de se construire une représentation de lui même et de sa place dans le monde. Il désire que celui dont il a la charge se construise, trouve les ressources qu’il a en lui pour dépasser les épreuves passées et les obstacles à venir. 

L’éducateur a été formé pour apporter aux enfants, aux adultes en difficulté, ce qu’il pense qu’il leur faudrait pour pouvoir aller bien malgré une trajectoire douloureuse, une histoire hostile, à un moment de leur parcours. L’éducateur est là parce qu’il désire restaurer le droit à l’existence chez la personne dont il a la charge.

C’est une profession où certains égos surdimensionnés peuvent trouver aisément leur place !

Fraichement diplômé, fort de ses concepts théoriques, de son désir de sauver le monde – à défaut de se sauver lui même bien souvent – l’éducateur pense qu’il lui suffira de vouloir pour inverser le cours de la souffrance. Il est convaincu qu’il lui suffira d’écouter, expliquer, patienter pour reléguer loin derrière des années de maltraitance. L’éducateur veut transformer, modeler pour en définitive ranger « les incasables » dans d’autres cases…Il veut restaurer autrui selon ce qu’il pense être juste, adapté. Il espère donner à l’enfant maltraité ce dont il a besoin. Il se dévoue corps et âme dans l’espoir d’effacer ce qui a conduit l’enfant, l’adolescent, l’adulte, à être pris en charge. 

L’éducateur projette sur celui dont il a la charge un désir de réparation, de réussite, de mieux être. Projeter nous le faisons tous et dans la vie de tous les jours, dans toutes les situations. Il est impossible de faire autrement. En revanche, en avoir conscience permet de déceler ce qui relève de nos projections, de notre propre désir pour ainsi laisser la place à l’autre pour lui permettre de se déployer. 

Nous devons bien sûr projeter un mieux être chez la personne dont on s’occupe et parfois il faut désirer pour deux. Mais ce que nous projetons, le mieux être, peut parfois faire peur à l’enfant qui n’a jamais été pris dans les bras, plonge dans une haine viscérale l’adolescent qui prend alors conscience de la propre violence de son père, déstabilise l’adulte qui pense ne pas mériter notre sollicitude. 

Il ne sert à rien de rassurer, de vouloir à tout prix que l’enfant vous tende les bras. A ce moment là de son parcours, il ne peut pas, il ne veut pas. Pire, il va détester l’éducateur et s’inscrire dans le rejet de celui-ci. Tout en espérant, très secrètement, que cet éducateur là, n’abandonnera pas la partie. L’enfant va s’adresser à l’adulte dans l’espoir que cet adulte comprendra ses attitudes en lui restituant ce qu’il ne parvient pas à dire autrement que dans les cris, le silence ou les passages à l’acte. Dans la relation éducative, l’enfant cherche sa propre vérité. Il demande à l’adulte de lui restituer sa propre expérience au monde.  Pas seulement à travers les mots mais aussi à travers le quotidien, le partage d’expérience. 

Une relation entre deux personnes, un tissage lent et exigeant.

C’est un chemin abrupt que celui de la relation éducative, un chemin qui peut secouer les deux protagonistes. Il faut être à l’écoute de soi, de ce qui se passe en nous et de ce qui se passe chez l’autre. Tout en sachant que ce que vit l’autre, nous pouvons nous en approcher mais jamais le contrôler, le modeler. Joseph ROUZEL dit qu’il y a « quelque chose chez l’être humain qui relève de l’inéducable, d’inguérissable et d’ingouvernable à « d’hommestiquer ». C’est peut être et surtout cette part qu’il convient d’entendre dans la relation éducative : faire avec ces failles qui ne se répareront que si le sujet le souhaite. 

C’est en reconnaissant leurs droits à crier leur sentiment d’injustice aussi longtemps qu’ils le souhaiteront que nous leur reconnaissons le droit d’exister. C’est en acceptant de les entendre même s’ils n’ont pas les mots, pas les codes, le mode d’emploi de la communication (s’il en existe un…) que nous comprendrons ce qu’ils ont tant de mal à dire et que bien souvent ils agissent dans des comportements que la morale juge inconvenants.  

Francis Imbert fait justement un distinguo entre l’éthique et la morale. Pour cet auteur, l’éthique a pour visée de questionner le sens des conduites alors que la morale s’efforce d’instaurer et de prescrire des normes comportementales.

L’éducateur veut réparer alors qu’il faudrait s’asseoir et regarder avec une grande minutie ce qui a été cassé. Et qui d’autre que l’enfant, l’adolescent avec ses mots, ses balbutiements, ses passages à l’acte, ses mises en danger, peut mieux  dire ce qui fait souffrance en lui ? Qui peut mieux mettre en actes ce qu’il ne peut parfois pas verbaliser. 

Certains considèrent comme des échecs éducatifs la énième fugue de cette adolescente alors qu’elle n’a tout simplement pas fini de dire quelque chose…. Et lorsqu’elle revient, il faudrait se poser et l’écouter. Bien sûr lui dire le danger qu’elle a couru, partager avec elle notre inquiétude, lui rappeler le cadre et l’interdiction de partir sans prévenir. Et l’écouter encore…

Un jour, dans une cour, une éducatrice avec un jeune adolescent. De loin, on remarque que cette éducatrice parle, elle parle avec de grands gestes, s’agite. Elle ne cesse de parler pendant que l’adolescent a la tête baissé. Cette scène dure dix bonnes minutes. Puis elle revient, le sourire aux lèvres et dit : « ça va aller mieux, je lui ai parlé ». Elle lui a parlé sans jamais s’intéresser à ce qu’il avait lui à dire. Peut être aurait elle été dérangée au plus profond d’elle même par la tristesse, la colère, la peur de cet adolescent. Peut être même aurait elle trouvé insupportable que ce jeune cherche à parler.

Le socle de la relation éducative se construit sur une éthique c’est à dire sur la nécessité de questionner le sens des conduites pour chacun et pas sur cette tendance à enfermer les personnes dans des normes que nous jugeons respectables. 

Reprenons l’exemple de la fugue : ce passage à l’acte peut représenter un double mouvement pris dans un désir très fort de grandir et d’une peur paralysante de se séparer. Ce double mouvement s’enracine dans d’autres peurs comme la peur de l’abandon, la peur des responsabilités, la peur de perdre des figures d’attachement représentées par certains éducateurs. 

La relation éducative peut se tisser si nous acceptons d’entendre ce que l’autre a à nous dire et si nous acceptons de le rejoindre là où il est. Si nous nous mettons à sa hauteur. C’est à dire si nous acceptons d’entendre pleinement sa vérité tout en sachant que cela n’est, peut être, pas la réalité. La relation éducative ne peut faire l’économie de l’empathie : prendre en considération le vécu de l’autre pour mieux le comprendre, pour saisir ce qu’il ressent, pour essayer d’appréhender sa manière d’être au monde.

La relation éducative se crée aussi si, et seulement si, l’autre est d’accord. Si et seulement si la personne accompagnée accepte d’entrouvrir la porte pour se saisir de la main qui lui est tendue. Mais cela relève de sa décision d’être aidé ou non. Une décision qui s’élabore avec le temps et avec la confiance qui s’établit au fil du temps.

La relation éducative est sous le joug de la patience, des affects, de l’imprévu, de l’altérité. L’autre n’attend peut être pas ce que nous croyons qu’il attend. 

Dès lors se pose une question essentielle : celle de la demande… La plupart du temps, les personnes dont nous sommes responsables justement ne demandent rien…. elles n’ont pas eu le choix d’avoir un éducateur comme compagnon de route. Et il faut attendre, longtemps parfois pour que la demande d’aide et la reconnaissance de leurs besoins puisse nt émerger,  si cela émerge… 

Parfois, comme dans notre cabinet, les parents ont une demande explicite : ils cherchent des réponses, ils cherchent à aller mieux, à accompagner leurs enfants au mieux, ils cherchent comment rétablir, un équilibre familial malgré la séparation, malgré les conflits. Notre travail consistera alors à entendre ce que cette famille là a à nous dire qu’aucune autre ne dirait ainsi. Notre travail consistera à établir un lien de confiance. Afin que nous puissions, à travers ce que les parents disent et à travers les mots et les attitudes des enfants restituer ce que nous avons compris de leur histoire. Pour que les parents réajustent leur fonctionnement, acceptent de se saisir d’outils, d’en construire des nouveaux si cela est nécessaire. 

Notre travail consistera à accompagner leur co-parentalité, la (re)construire afin qu’ils puissent aider leurs enfants à (re)construire leur monde, à lui (re)donner un sens. 

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